“Make or buy”, faut-il internaliser ou externaliser sa logistique ?

“Make or buy” ? Cette question est fondamentale pour les marques, dont l’activité logistique constitue un maillon essentiel de leur chaîne de valeur. En effet, les coûts logistiques et transport représentent une part importante des coûts de la marque et la qualité de la logistique conditionne l’expérience client, impactant directement son chiffre d’affaires.

Pour Benoit Boulet, Directeur Solution Design Performance Opérationnelle SCM chez arvato France, il n’y a pas de réponse unique mais plutôt des éléments à prendre en compte dans sa réflexion afin de prendre la bonne décision.

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Expertise, réduction des coûts, souplesse, croissance… les “plus” de l’externalisation

Les avantages de l’externalisation sont nombreux. Tout d’abord, elle permet de se concentrer sur son cœur de métier et de confier sa logistique à un spécialiste. Une marque se doit en effet de se concentrer sur son développement (commercial et produit) et sur son marketing. La logistique doit quant à elle accompagner la croissance, satisfaire les clients et rester aux mains d’experts, la gestion d’un entrepôt étant très lourde tant au niveau du personnel, du bâtiment que des contraintes administratives et règlementaires en constante mutation.

L’externalisation permet également de bénéficier de l’expertise et de la capacité d’innovation d’un prestataire. Le métier de la logistique et du transport évoluant régulièrement, il est indispensable de déployer des moyens de veille et d’innovation importants et de disposer d’une expérience sectorielle pour pouvoir garantir une supply chain performante.

L’externalisation implique aussi une réduction des coûts grâce au prestataire qui peut mutualiser ses achats de transport et l’activité logistique de plusieurs clients au sein d’un même entrepôt afin de bénéficier de prix plus compétitifs. De plus, face à l’automatisation des process logistiques qui requièrent des investissements importants, la variabilité des coûts que propose l’externalisation permet de reporter l’investissement sur le prestataire et donc de transformer ce même investissement en charge.

Finalement, l’externalisation présente l’avantage de gagner en souplesse et d’accompagner sa croissance, y compris à l’international. En effet, le textile, l’e-commerce ou encore les jeux et jouets sont des activités hautement saisonnières qui nécessitent une capacité à gérer des pics importants. Ensuite, une croissance rapide requiert l’accès à des surfaces disponibles avec un capacitaire de traitement de volumes importants que seul un prestataire est en mesure de fournir. Enfin, le développement à l’international nécessite de connaître les spécificités locales qu’un prestataire présent dans le pays maîtrise déjà.

 

Maîtrise des process, amortissements des équipements, avantage concurrentiel, les points forts de l’internalisation

L’internalisation peut également être la solution pour certaines marques si quelques conditions sont réunies. Tout d’abord, l’amortissement des bâtiments et des équipements tout comme la maîtrise des process sont des avantages dont bénéficient les marques qui internalisent depuis longtemps leur logistique et qui n’ont, dans ce cas, aucun intérêt à externaliser. Ensuite, le coût du changement ainsi que celui lié à la fermeture d’entrepôt sont extrêmement conséquents et sont nécessairement à prendre en compte lorsque l’externalisation est envisagée.

On observe également qu’avec l’avènement de l’omnicanal, il est souvent nécessaire de regrouper au sein d’un même entrepôt les activités de logistique B2B et B2C. Ainsi, une marque qui souhaite se développer sur le e-commerce et qui a historiquement internalisé sa logistique B2B aura plutôt intérêt à internaliser son activité B2C.

Dernier point enfin, lorsque la marque considère que la logistique fait partie de son cœur de métier, et qu’une logistique performante lui permettra de se différencier de ses concurrents, l’internalisation est la solution toute trouvée mais la marque devra nécessairement investir dans l’acquisition de compétences supply chain, et dans des entrepôts et équipements.

Comment alors prendre la meilleure décision ?

Comparer les coûts internalisation vs. externalisation
Pour prendre la bonne décision, il faut comparer les coûts de l’externalisation (en général assez clairement identifiés via le budget établi par le prestataire) des coûts de l’internalisation. Cette comparaison nécessite de bien raisonner à périmètre comparable, et de valoriser tous les coûts de la solution interne, et notamment les coûts cachés : coût de la qualité (et de la non-qualité), valorisation des ressources internes réellement requises, coûts inhérents à la gestion de l’activité (turnover du personnel,…).

Prendre en compte le coût et le délai du changement
Plusieurs coûts sont à prendre en compte, notamment le coût du changement (fermeture d’entrepôt) et les coûts de transition (coûts et ressources de gestion du projet de transition, aspect très souvent sous-estimé qui peut conduite à des difficultés au démarrage et à des surcoûts non prévus dans le business plan).

De plus, il est nécessaire de prévoir six mois pour la phase de rédaction du cahier des charges et d’appel d’offres, puis six mois pour la phase projet, soit un an au total.

Bien choisir son prestataire
Choisir son prestataire avec soin peut être déterminant. Si le coût est un élément clé, il ne doit pas être le seul et il est nécessaire d’obtenir les références du prestataire sur des activités similaires mais également de connaître sa capacité à accompagner le changement.

Bien gérer son prestataire

Il convient de bien “border” le contrat avec le prestataire, pour prévoir tous les cas de figure. Il est également important de prévoir une durée de contrat suffisante (au moins trois ans) pour permettre au prestataire d’investir sur le projet et d’atteindre la rentabilité, le prestataire gagnant rarement de l’argent lors de la première année du contrat.

L’externalisation ne doit pas être perçue comme le moyen de se débarrasser d’un problème. Il est au contraire essentiel de bien piloter son prestataire avec une définition claire de la prestation attendue en amont (via un cahier des charges détaillé), avec une relation de partenariat forte dans le suivi de l’activité et dans l’amélioration continue de la prestation. Lorsque ces éléments sont négligés, ils conduisent à un déséquilibre intenable à terme : écarts de périmètre, non rentabilité du prestataire qui n’investit plus dans la prestation, dégradation de la qualité…

De plus, il est essentiel de partager, en transparence et au quotidien, les prévisions de commandes et d’activité, afin de permettre au logisticien de gérer son activité au mieux et dans l’intérêt des deux parties.