Les civic tech, un autre symptôme de l’engagement

12/10/2017, publié par Grégory Krumm
civic tech

On savait la tech pleine d’ambition. Prête à réinventer la manière dont nous mangeons (food tech), dont nous échangeons monnaies, valeurs et assurances (fintech, assurtech), dont nous cultivons les espaces agricoles (agrotech)… Mais qui aurait pensé qu’elle puisse s’attaquer aux rouages mêmes de la démocratie ? C’est pourtant chose faite avec la vague civic tech qui ouvre la voie à de nouvelles formes d’engagement. Être écouté, considéré, compris ou encore associé aux processus de décision… voilà qui n’est pas sans rappeler l’exigence des consommateurs vis-à-vis des marques.

Civic tech, une réalité multiple

Rappel express : importés directement des États-Unis, les civic tech ont débarqué en France il y a quelques années à travers de multiples plateformes et applications. Sont ainsi apparues pétitions en ligne (Change.org), comparateurs de programmes électoraux (Voxe.org), lobbying citoyen (Make.org) ou encore dispositif en ligne de primaire ouverte aux anonymes avec LaPrimaire.org. Nation Builder, logiciel permettant de gérer d’immenses bases de données de partisans potentiels, a même fait recette auprès des leaders politiques, d’Obama à Mélenchon.

Une floraison d’initiatives certes très diverses, mais rassemblées autour d’une même ambition : celle de « transformer le fonctionnement de la démocratie », dixit Clément Mabi, maître de conférence en Science de l’information et de la communication à l’Université de Technologie de Compiègne.

Le chercheur distingue trois grandes familles de civic tech. D’un côté, les pol-tech constituent des outils d’actions politiques partisanes, telle que l’application GOV qui ubérise les sondages. Les gov-tech, pour leur part, épaulent les gouvernements dans la prise de décision à travers des plateformes dédiées, comme Democracy OS. Les common-tech, enfin, ambitionnent d’informer, de servir et d’impliquer les citoyens dans les processus de décisions collectives, notamment et surtout à travers un panel de solutions open source telles que Fix My Street ou DKAN.

Citoyen et consommateur, une même exigence

Compliqué ? Retenons simplement que les plateformes de la civic tech visent deux objectifs. Celui d’ouverture et de transparence, d’abord ; et d’efficience, ensuite.
Le premier répond à la perception largement partagée d’un monde politique opaque, voire secret. Le second ambitionne de renouveler les pratiques démocratiques. Les acteurs de la civic tech veulent ainsi pouvoir peser sur la chose publique en s’appuyant sur l’intelligence collective.

Ouverture, transparence, écoute et efficience : voilà qui n’est pas sans rappeler l’exigence des consommateurs vis-à-vis des marques. Être considéré, compris, respecté, influencer les offres et les processus de production… Ce sont là, assurément, des revendications d’aujourd’hui auxquelles les marques s’efforcent de répondre, via la co-création, la diffusion de contenus produits par les consommateurs sur leurs réseaux sociaux, et, plus généralement, une attention croissante portée à l’engagement de leurs parties prenantes.

Ouverture et efficience motivent l’engagement

Les civic tech, en promettant de ranimer la flamme de l’engagement citoyen, installent aujourd’hui l’aspiration à contribuer et à être entendu dans la sphère publique. Avec quel succès ? Pour Valentin Chaput, co-fondateur d’Open Source Politics, « la brèche est ouverte ». Le large écho de LaPrimaire.org et de #Mavoix (son équivalent pour les élections législatives) semblent, en effet, l’attester.

Surtout, les civic tech paraissent bel et bien avoir réussi leur entrée dans les instances publiques. Ainsi, le 20 septembre dernier, quelques dizaines de députés français échangeaient, une journée durant, avec un panel de startupers des civic tech – parmi lesquelles Make.org et Voxe.org. Signe que la représentation nationale a pris acte de la nécessité d’adapter sa relation avec les citoyens à leurs attentes tant en termes d’engagement que de transparence permis par le digital. “Réinventer l’assemblée nationale est un très beau programme”, a conclu le président de l’Assemblée Nationale, François de Rugy, à l’issue de ces échanges.

Ailleurs dans le monde, les civic tech franchissent peu à peu le seuil des institutions. Par exemple à la mairie de Houston, aux États-Unis, où officiels et acteurs de la civic tech planchent sur une application permettant, notamment, de notifier aux habitants les opportunités de se rapprocher, dans les quartiers en ayant le plus besoin, des organisations caritatives venant en aide aux personnes sans domicile fixe. Une manière d’optimiser et d’organiser les circuits d’aide et de solidarité. À Toronto, au Canada, la mairie a pris les devants, créant un “Bureau de l’innovation civique”, pour associer élus et acteurs de la civic tech locale. L’engagement citoyen, “motorisé” par la technologie, change d’ère.