Supply chain textile : comment s’adapter ?

10/02/2016, publié par Alain Simon
supply chain textile

Il faut se le dire, la supply chain du secteur dit « textile/habillement » n’est désormais plus adaptée aux futures attentes des consommateurs, mais aussi au moyen de rentabiliser les opérations logistiques.

« Ce challenge est à la fois passionnant mais aussi particulièrement ambitieux ! » C’est tout au moins l’avis d’un intervenant du Salon Mondial des industries du textile qui s’est tenu récemment à Hong Kong, M. Edwin Keh, par ailleurs Président du centre de recherches mondial sur le Textile.

Après avoir connu des supply chain en capacité de servir les pays développés et fortement consommateurs de ce type de produits, la consommation se développe désormais en Asie. Comment dès lors adapter nos organisations logistiques ? Car il faut le reconnaître, au-delà des territoires, ce sont aussi les modes de consommation qui ont évolué avec la montée en puissance du e-commerce et des jeunes générations. La seule performance logistique, son coût et son niveau de service ne suffisent plus, ce sont désormais leur style de vie et leurs attentes qu’il faut prendre en compte.

Une supply chain textile « sustainable »

Une chaîne logistique se doit aujourd’hui d’être « sustainable », c’est-à-dire respectueuse de l’environnement, responsable et transparente. Tout cela sans coût supplémentaire. C’est donc une remise en cause complète de notre façon de concevoir l’écosystème de la logistique textile qu’il faut réaliser, depuis l’acquisition de la matière brute jusqu’à la production et la mise à disposition au consommateur.

Comment adapter la supply chain textile ?

Faut-il alors complètement rebattre les cartes, ou choisir de transformer ? Quelques options :

  • rechercher de nouveaux producteurs à bas coûts pour adapter une partie du prix de revient ;
  • se rapprocher du cycle du marché et donc réduire la supply chain, la rapprocher des nouveaux centres de gravité de la consommation (l’Asie) ;
  • optimiser, automatiser et robotiser au maximum.

Mais cette approche ne prend pas en compte des questions connexes à la supply chain textile : les taux de change, la situation géopolitique, le climat des affaires…

Selon M. Edwin Keh, il faut décider de la transformation en raisonnant par le produit ! Les adaptations seront donc différentes selon que nous parlons de t-shirt et de produits à grandes diffusions, ou de produits uniques (marques de luxe). Dans le premier cas, le coût de la main-d’œuvre sera le critère de choix et la supply chain devra être extrêmement flexible pour s’adapter aux déplacements nécessaires des centres de production selon les évolutions du taux horaire…

En ce qui concerne le développement produit, le challenge est de suivre le rythme et les attentes du marché. Le bon produit au bon moment, c’est le futur du secteur ! Et là, la proximité est la clé du succès. Le consommateur a été éduqué à avoir le produit qu’il souhaite, rapidement, en ayant la possibilité de le retourner aussi simplement. Les organisations commerciales et marketing produit devront désormais sortir de leurs silos et raisonner selon une approche conjointe nourrie de l’approche Lean (Ecole de gestion de la production qui recherche la performance par l’amélioration continue et l’élimination des gaspillages. Inspiré de l’anglais : maigre, dégraissé).

De même, créer des liens plus forts entre les marques du textile et les producteurs s’avèrera de plus en plus nécessaire, cette posture reposant en priorité sur la communication entre les équipes et la volonté de coopérer. Le Professeur Evans de l’Université de Cambridge est convaincu que le système actuel ne répond pas aux besoins futurs.

L’idée d’une économie circulaire s’est donc progressivement développée, et son intérêt majeur est de proposer une démarche d’analyse des coûts qui n’adresse pas le seul coût de la main d’œuvre, mais aussi celui de l’énergie, de la matière, du développement produit, des synergies avec d’autres industries, et donc de leurs supply chain.

Dans cette logique, c’est l’ensemble de l’économie du secteur qui devrait être remise en cause à horizon 2050, les centres de production pouvant se déplacer de l’Asie à l’Occident pour des raisons économiques (hausse des salaires, coût de l’énergie, développement durable…). Accepter cette révolution n’est pas évident car cela revient aussi à accepter de renoncer à tout ce qui a pu être fait dans les quinze dernières années !

Une seule solution : accepter de se tromper pour changer !