Les pharmacies d’officine, prochaines victimes de l’ubérisation ?

14/04/2016, publié par Stevy Matton
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L’ubérisation et la digitalisation du métier de pharmacien d’officine font de plus en plus l’objet d’articles et d’études*. Cette nouvelle menace vient s’inscrire dans la continuité des débats récurrents relatifs à la fin du monopole de distribution des médicaments. Qu’en est-il réellement ? Les nouvelles technologies digitales représentent-elles un danger ou une opportunité pour les pharmaciens ? Que vont-elles apporter aux consommateurs ?

Délivrer un médicament, un acte de plus en plus digitalisé… et ubérisable

Par définition, l’activité principale d’une pharmacie d’officine est la délivrance de médicaments et de dispositifs médicaux. Du point de vue de la livraison, des opérateurs établis comme Amazon, CDiscount, Leclerc, Carrefour ou de nouveaux pureplayers, peuvent tout à fait concurrencer les officines. Il leur suffirait de faciliter la livraison par des dispositifs de commande en ligne et de web-to-store tout en proposant des services à domicile, en point relais, en grande surface ou encore en self-service.

On assiste déjà à l’émergence de nouveaux acteurs – Mood, L’ick, Fnac Connect – sur le marché des objets connectés souvent associé à la santé. Avec cette digitalisation, une ubérisation de l’activité logistique pharmaceutique par ces mêmes acteurs se conçoit donc aisément et semble facile à mettre en œuvre. Avec, à la clé, des bénéfices tangibles pour les consommateurs : plages horaires étendues, nouveaux points de livraison et baisse des prix.

Digitaliser la valeur ajoutée…

Est-ce dans cette activité de délivrance que réside la valeur ajoutée du métier de pharmacien ? Un consommateur poussant la porte d’une pharmacie s’attend-t-il à la même expérience qu’en entrant dans un point relais, un bureau de poste ou un supermarché ? La réponse est évidemment non. La promesse n’est pas de ressortir avec une boîte de médicaments mais de ressortir avec une amélioration de sa situation de santé et de son bien-être. La concrétisation de cette attente réside dans la crédibilité et la confiance que le consommateur accorde aux pharmaciens d’officine, basées sur l’expertise et la spécialisation. Le conseil et la vigilance constituent la réelle valeur ajoutée des pharmacies et se décline en différents actes médicaux (validation de la compréhension de la prescription médicale, détection de risques d’interaction médicamenteuse, conseil produit OTC) ou administratifs (assistance au processus de remboursement).

Si cette valeur ajoutée est beaucoup plus difficilement ubérisable, elle ne peut cependant être considérée comme un sanctuaire imperméable au changement et protégé par la réglementation. À l’instar des autres industries impactées par la transformation digitale, la pharmacie doit apporter de nouveaux services incluant le digital au risque de se faire « disrupter » par de nouveaux acteurs.

À mon sens peu mise en valeur et surtout mal quantifiée, l‘activité de conseil du pharmacien doit bénéficier du phénomène de digitalisation des services. Et apporter un réel bénéfice aux consommateurs. Les services envisageables sont nombreux :

  • information en ligne ;
  • précommande en ligne, à partir d’une image de l’ordonnance ;
  • commande en ligne d’OTC ;
  • merchandising digital en officine ;
  • suivi des patients et de l’observance du traitement ;
  • communauté digitale de patients ;
  • conseil sur l’adaptation du domicile à la situation de santé ;
  • prévention des risques à domicile ;
  • partage des best-practices et des ressources entre professionnels de santé.

 …pour répondre à des enjeux de santé publique

Les pharmaciens pourraient ainsi, au travers de ces nouveaux types de services, se prévaloir d’adresser de véritables enjeux en termes de santé publique. Citons 2 exemples concrets :

  • l’amélioration du taux d’observance estimé aujourd’hui entre 40 % et 50 % ; soit un traitement sur deux non ou mal suivi par les patients ! Un phénomène qui génère surcoût et risques de complications médicales.
  • l’accompagnement des maladies chroniques comme le diabète, l’asthme et l’hypertension artérielle, dont on constate malheureusement l’accroissement constant et régulier

Tout est prêt pour la mise en œuvre de ces nouveaux services en termes de compréhension, de technologies et de compétences. La mise en commun des ressources et la résistance au changement seront peut être les principaux obstacles à franchir…

 


*Hélène Decourteix – Comment digitaliser la pharmacie d’officine ?
PHARMAGEST – Division e-Santé – Vers une ubérisation de la pharmacie d’officine ?
Morgan Remoleur – La e-pharmacie peut-elle faire face aux géants du Web ?