Actions de prévention santé : comment mesurer leur efficacité ?

18/01/2018, publié par Nicolas Tardivel
Actions de prévention santé

Mutuelles, assureurs, caisses primaires d’assurance maladie, startups, entreprises… En France, tout le monde, ou presque, développe des programmes de prévention santé. Mais comment savoir si ces différentes actions de prévention santé sont efficaces ? Car jusqu’ici, nous manquons cruellement de retours d’expérience pour juger de leur efficacité. Prenez un indicateur aussi simple qu’essentiel : le taux d’adhésion. Eh bien… nous ne disposons pas des données ! Idem pour la satisfaction client. Et encore moins de publications scientifiques. C’est simple : nous n’avons aucun indicateur made in France pour juger de la pertinence des différentes actions de prévention santé et des meilleurs moyens de les mettre en œuvre.

Les indicateurs hexagonaux des actions de prévention santé aux abonnés absents

Je vois plusieurs façons d’expliquer ce retard français en matière de partage d’information et de best practices des actions de prévention santé. D’abord, le marché est ici moins mature qu’outre-Atlantique où un large processus de concentration entre les différents acteurs de la prévention santé s’est déjà opéré. Ensuite, les acteurs français estiment, à mon avis à tort, que ce type de données doit rester confidentiel. Enfin, raison moins avouable sans doute, les programmes de prévention santé peinent peut-être encore à trouver leur public…

Quand bien même ils le trouveraient sans mal, cela ne dit toujours rien de ce qui fait qu’un programme de prévention santé a plus d’impact qu’un autre. Mieux vaut-il par exemple un système de récompense, comme le programme Vitality lancé par Generali en 2016, ou bien faire appel à une caution médicale, comme celle que propose le programme Betterise d’Harmonie Mutuelle avec le docteur Michel Cymes ? Y a-t-il besoin d’un contact humain ou une application digitale suffit-elle ? Et surtout, combien de temps faut-il pour faire évoluer durablement les comportements et obtenir un effet pérenne sur la santé ?

Autant de questions déterminantes pour lesquelles, à défaut de réponses hexagonales, nous allons en chercher à l’étranger, notamment aux États-Unis. Avec toute l’incertitude méthodologique que cela comporte – peut-on vraiment transposer les données ?

L’urgence de mener des études objectives sur les actions de prévention santé

À mon sens, il est temps de compter sur nos propres capacités, de faire taire les réticences à communiquer, pour rapidement parvenir à partager données et bonnes pratiques. C’est la condition sine qua non pour qu’émerge, comme aux États-Unis, une politique globale de prévention basée sur des indicateurs de performances fiables des actions de prévention santé.

Par où commencer ? C’est une lapalissade, mais la prévention santé ne peut aujourd’hui fonctionner que si les participants y participent ! Pour qu’un programme soit pérenne, efficace et incontestable, il faut qu’un volume significatif de personnes s’y inscrive.

Le taux de participation devrait donc être un indicateur prioritaire. Aux États-Unis, il est fixé dès le départ comme un objectif explicite de tout programme de prévention santé. En dessous de 60 %*, oubliez toute efficacité ! Ce qui amène, naturellement, à privilégier les solutions facilitant l’accès au programme – jusqu’à mettre en place des systèmes de récompenses, réputés augmenter la participation de 10 % environ. À ce sujet, attention à ne pas aller trop loin : la récompense peut accompagner le changement, mais ne doit pas devenir un objectif pour les participants ! Car le jour où elle cesse, le risque est grand de voir les participants retourner à leurs anciens comportements.

Je crois qu’idéalement, c’est une étude médico-économique, digne de ce nom, qui devrait guider la définition des critères d’efficacité des actions de prévention santé et permettre d’en organiser le suivi. Par exemple, l’étude que nous avons menée en Allemagne auprès de nos salariés, nous a permis de démontrer que pour qu’elle soit efficace, une démarche de prévention santé exigeait une prise de conscience individuelle qui ne pouvait intervenir que grâce à des tests médicaux. C’est pourquoi, nous avons développé une cabine de diagnostic d’état de santé combinée à une plateforme de suivi personnalisé avec des coachs dédiés.

Vers un référentiel partagé des actions de prévention santé

C’est ce type de démarche que je crois utile de généraliser et de partager, pour que la prévention santé progresse. J’en veux pour preuve le CDC Workplace Health Program, développé par les centres de contrôle des maladies et de la prévention aux États-Unis, identifié comme l’un des programmes de prévention santé les plus efficaces. Il permet à n’importe quelle entreprise américaine de récupérer des guidelines, des bonnes pratiques, utiles pour mettre en place ses propres actions de prévention santé, d’en assurer le suivi et de les améliorer.

À quoi cela ressemblerait-il en France ? Simple : imaginez que les CPAM accompagnent chaque entreprise française dans la mise en place de son propre programme de prévention interne. Nous n’en sommes pas là. Mais, ça viendra ! Surtout si on arrive à mettre en place, comme aux États-Unis, un organisme capable de faciliter le partage des données et la transmission d’informations entre les différents acteurs de la prévention santé.

Je pense à une sorte de société savante ou à une haute autorité de la prévention santé, prenant appui sur une véritable démarche scientifique, assurant un suivi des données et des indicateurs clés de performances pour déterminer comment faire de la prévention santé une démarche rentable pour les acteurs de la santé et efficace pour les employés et les entreprises. J’y crois vraiment.

En attendant que cela advienne, il serait bon que lors de nos prochains congrès nous, c’est-à-dire l’ensemble des acteurs de la prévention santé, partagions (enfin) nos résultats plutôt que de continuer à nous vanter des mérites de chacune de nos solutions respectives.

Une démarche qui pourrait d’ailleurs servir à la mise en place d’un premier cadre réglementaire, légal, ou encore soutenir une prise en charge plus globale de la prévention santé par les pouvoirs publics. Chiche ?!

*The Health and Cost Benefits of Work Site Health-Promotion Programs – R.Goetzel and R.Ozminkowski – Annu. Rev. Public Health – 2008