Le e-commerce solidaire… avec Krama Krama

24/11/2015, publié par Anne-Sophie Salamon
e-commerce solidaire

De mon voyage au Cambodge en 2014, je retiens la découverte d’un pays et d’un peuple extraordinaires. Je suis rentrée en France la tête pleine de souvenirs, et la valise pleine de photos et de kramas, les foulards traditionnels cambodgiens qui ne me quittent plus depuis. J’ai depuis cherché à en acquérir de nouveaux et une grande histoire d’amour s’est entamée avec … kramakrama.com, que je vous propose de découvrir avec Guillaume Perrut, l’un des fondateurs de la marque.

Bonjour Guillaume, peux-tu présenter Krama Krama ?

Krama Krama est le nom de notre marque de foulards fabriqués de manière artisanale au Cambodge. Le site e-commerce solidaire kramakrama.com a été officiellement lancé le 12/12/12. Le lancement s’est d’ailleurs fait à Sihanoukville, une station balnéaire au sud du Cambodge. La connexion internet était très instable sans compter que malgré nos nombreux tests, beaucoup de bugs subsistaient dans la version finale du site. Mais nous étions malgré tout ravis de lancer enfin le site après quelques semaines de travail intenses.

Krama Krama se positionne comme un site e-commerce solidaire, peux-tu nous dire ce qui t’a poussé à lancer cette offre ?

On ne pouvait pas imaginer une confection artisanale d’un objet comme le foulard cambodgien sans engagement solidaire. Loin de moi l’idée de lutter contre le libéralisme et la mondialisation, mais j’estime que les rémunérations doivent être plus équitables pour les personnes qui sont à la base d’un produit. Ce sont les tisserandes qui font le travail le plus important !

Ce foulard est par ailleurs le symbole d’un peuple dont le courage et la dignité lui ont permis de surmonter les nombreuses épreuves qu’il a traversées, notamment les barbaries des khmers rouges dans les années 1970. Même s’il a été largement utilisé par ces derniers (ndlr : le krama rouge et blanc), ce foulard est avant tout khmer. Il est tissé de génération en génération dans les campagnes cambodgiennes et est utilisé au quotidien. Offrir une rémunération équitable aux khmères fabriquant un produit typiquement khmer était plus que logique pour nous.

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D’ailleurs, nous mettons toujours en avant cette phrase, devenue la « baseline » de Krama Krama : « Wear your krama proudly », ou en français « Portez votre krama fièrement ». Ce n’est pas un slogan marketing mais ça résume bien notre philosophie et notre démarche en proposant un produit qui a du sens.

Enfin, pour chaque foulard vendu sur notre site e-commerce solidaire, nous redistribuons 5 euros à l’école Sala Baï de Siem Reap. Cette école a été créée en 2002 par l’ONG française Agir Pour Le Cambodge et forme gratuitement chaque année 100 jeunes déshérités aux métiers de l’hôtellerie, de la restauration et du bien-être. Les entreprises de ces secteurs se développent très fortement avec l’essor du tourisme, porté par les célèbres temples d’Angkor, et recherchent donc des employés qualifiés. Chaque étudiant de Sala Baï trouve un travail auprès de ces entreprises au maximum un mois après avoir obtenu leur diplôme et gagne après quelques années d’expérience un salaire mensuel d’environ $250-350, leur permettant ainsi d’atteindre la nouvelle classe moyenne cambodgienne.

Le choix de cet engagement est totalement subjectif. J’ai eu la chance de découvrir cette école via un blog et j’ai eu un réel coup de cœur pour leur démarche. La formation à vocation sociale est un des moyens les plus rapides et efficaces pour combattre la pauvreté dans ce pays. Nous nous devions d’y participer.

Comment arrivez-vous à trouver un équilibre entre engagement solidaire et génération de chiffre d’affaires ?

L’équilibre entre engagement solidaire et génération de chiffre d’affaires est difficile, il ne faut pas se le cacher. De nombreux sites e-commerce solidaires ont abandonné assez rapidement ou ont changé de business model. C’est un combat au quotidien mais c’est aussi ça l’aventure entrepreneuriale.

Nous échangeons presque quotidiennement par email avec l’atelier pour travailler sur les prochains modèles et gérer l’approvisionnement en France. Dès que je me rends en Asie, je passe voir les tisserandes pour échanger et voir ce qu’on peut améliorer. Je passe également voir l’école, à quelques kilomètres de l’atelier. C’est un réel plaisir de voir progresser les étudiants !

Quelles sont les ambitions de croissance le site e-commerce solidaire Krama Krama pour 2016 ?

Les ventes augmentent chaque année. Au vu de notre produit, ces ventes sont forcément saisonnières : nous avons un gros pic pour l’hiver et les fêtes de fin d’année, et un gros plat pour en juillet-août. Au-delà du volume de ventes, nous sommes ravis de voir que le panier moyen augmente chaque année et, surtout, que le nombre de personnes qui recommandent plusieurs fois notre site est assez extraordinaire. On ne peut que s’en réjouir !

Pour 2016, l’objectif est ainsi de poursuivre cette croissance en France et de toucher de nouveaux pays (notamment l’Angleterre et les États-Unis où nous vendons déjà quelques-uns de nos produits via des sites comme Amazon).

Comment est gérée la logistique entre le Cambodge et la France ?

Tout se passe d’une manière assez simple : l’atelier de tisserandes expédie directement les colis à notre prestataire logistique en France. Pour l’instant tout se passe par avion. Mais compte tenu des coûts assez importants que cela engendre, nous réfléchissons à un moyen plus économique (et écologique) tel que le transport maritime. Là aussi, il y a un certain nombre de contraintes, que ce soit au niveau de la durée de l’acheminement, de la gestion des « derniers kilomètres« , mais aussi du remplissage des containers. Notre production étant 100 % artisanale et l’atelier de tisserandes étant à taille humaine, notre capacité de production n’est en effet pas très élevée.

Nous avons décidé de sous-traiter la logistique en France il y a environ un an et demi, principalement pour des raisons pratiques. En temps qu’acheteur sur internet, on aime recevoir nos achats assez rapidement, on voulait que ça soit également le cas avec nos produits.

« Always deliver more than expected. » Cette citation de Larry Paige résume bien notre état d’esprit vis-à-vis de nos clients. Ils ne s’attendent peut-être pas à une livraison rapide, soignée et personnalisée avec une petite marque comme la nôtre, pourtant c’est ce qu’on essaye de leur offrir (ndlr : « Je confirme que les colis sont toujours soignés et personnalisés ! »).

Avez- vous envisagé des collaborations avec d’autres e-commerçants français comme Le Slip Français, La Belle Mèche, Archiduchesse ?

Oui bien sûr, nous avons d’ailleurs un projet dans les cartons avec un site e-commerce français qui fait de beaux produits (accessoires de mode masculins). On n’en dira pas plus pour l’instant mais ça devrait voir le jour en 2016.

Comment faites-vous la promotion de la marque au quotidien ?

Au début, nous avons surtout touché les personnes proches de l’ONG et l’école Sala Baï, pour qui nous avons créé un foulard aux couleurs de l’école. Nous avons également touché un certain nombre de personnes qui sont déjà allés au Cambodge et qui connaissaient le krama. Maintenant, notre but est de faire connaître ce foulard au plus grand nombre.

Pour cela, nous utilisons les ingrédients magiques du marketing online : référencement naturel, un peu de référencement payant, les réseaux sociaux, notamment Facebook où nous essayons de varier au maximum notre communication, mais aussi Instagram, Pinterest et Twitter. Nous avons conscience de ne pas utiliser au mieux ces canaux, mais nous y sommes présents et essayons d’apporter une plus-value avec nos publications.

Nous travaillons aussi un peu avec la blogosphère, qui aime découvrir de nouvelles marques. À chaque fois, nous avons de très bons retours et cela nous permet de toucher une cible différente.

Enfin, il y a toute la partie offline que nous essayons de développer au mieux, à savoir faire des pop-ups, des ventes éphémères, des salons mode/déco,.. Nous sommes également présents dans quelques boutiques physiques (Paris, Bordeaux, Arcachon,…) mais là c’est plus complexe dans la mesure où il y a une négociation commerciale à faire et un intermédiaire à rémunérer.

Crédit photo : Krama krama